La lutteuse devenue  judoka 

L’actuelle double championne d’Afrique sénior de judo (-57kg), est une jeune fille assoiffée de paix qui a dédié sa médaille d’or de vendredi 15 avril 2011 à la Paix en Afrique. A l’image de l’or attaché à son cou, Hortense Diédhiou est une mine d’or, ancienne lutteuse, actuelle enseignante et judoka. La combattante voit grand. Elle vise l’or olympique et mondial.

Dotée d’un patronyme qui a du succès dans le milieu des arts martiaux sénégalais, Hortense Diédhiou est au judo ce que Bineta Diédhiou est au Taekwondo. Autrement dit, un grand espoir de médaille olympique  pour le Sénégal après l’argent d’Amadou Dia Bâ à Séoul 1988. Cette ambition, Hortense l’a renouvelée vendredi dernier en remportant l’or à domicile durant les 32e championnats d’Afrique. Dans cette discipline dominée des pieds et de la tête par le Maghreb sur le continent africain, l’enfant de la douce Casamance parvient toujours à tirer son épingle du jeu avec deux titres de championne d’Afrique Sénior à son actif (2002 et 2011). Et dire que c’est la beauté du kimono qui l’a conduite sur les tatamis dès l’âge de 10ans. « En Casamance, la lutte traditionnelle fait partie intégrante de notre éducation. Je prenais part à des compétitions inter-villages. Après, j’ai découvert le judo par une japonaise qui s’appelait Tamora. J’ai  alors constaté que nous pratiquions la lutte sans être bien habillé dans l’arène et pourtant moi j’aime bien m’habiller. Alors je me suis dit, je vais faire ce sport car les pratiquants s’habillent. J’avais entre 10 et 11 ans. C’est à 14 ans que j’ai démarré les compétitions », témoigne –t-elle.

Dans son kit Sénégal, vert, la demoiselle affirme que la pratique de la lutte traditionnelle l’a aidé à persévérer dans le judo. Ainsi en 2002 elle trône sur le toit de l’Afrique d’abord en junior, puis en Sénior, avant de remporter l’Or aux jeux Africains de 2007. Avec cette nouvelle médaille, l’ancienne pensionnaire du judo club de Casamance décroche sa qualification pour les Jo 2012 où elle vise l’or. «Je désire rempoter une médaille d’or olympique et une mondiale pour l’Afrique toute entière. Si tout est en place,  je pense que c’est possible dès août prochain pour les championnats du monde ».

Nouvelle naissance 

L’ippon l’ayant donné le titre de championne d’Afrique, sonne en réalité son retour au-devant de la scène après deux années passées hors des tatamis.  Victime d’une fracture en  2009, les médecins lui demandent de mettre entre parenthèse la haute compétition pour  éviter toute complication. « J’ai dû arrêter pendant près de 2 ans pour que la fracture soit bien guérie. Là je suis revenu en pleine forme. La preuve, avec cette médaille j’obtiens ma qualification pour les Jo 2012. Il faut à présent que je prenne part aux différentes compétitions majeures pour conserver mon premier rang. Il y a les championnats du monde d’Août à Paris et les jeux africains».

Après être passé à côté de la médaille de Bronze aux derniers Jo, Hortense peut à nouveau nourrir ses rêves olympiques.  « Les olympiades de Pékin 2008 restent mon pire souvenir. Bon, je rends grâce à Dieu, aujourd’hui je commence à remonter la pente. Personnellement, j’aimerais faire ce que Dia Bâ à fait. C’est un grand champion et c’est un modèle. Les Sénégalais, sont capables de faire quelque chose. Il suffit juste qu’on y mette les moyens  et que les athlètes participent aux compétitions et aux stages », explique-t-elle.

Vie de femme

Après des expériences en Côte d’Ivoire et au Maroc, la judoka s’entraine désormais en France. Résident dans la ville de Marseille, elle en a profité pour passer un diplôme d’Etat dans le domaine de l’enfance. Une aubaine pour elle qui  avait arrêté ses études au Cm1.  Elle travaille donc 7h par jour dans une école maternelle et le reste du temps, elle s’entraîne. Pour  elle : « la France est un des plus grands pays de judo. Tous les grands champions viennent s’y préparer. Pour être championne c’est là où il faut être »

Se définissant comme une personne au franc-parler, la « Lionne » de 27ans à une petite idée sur la raison pour laquelle le judo féminin brille plus au Sénégal. « C’est parce que nous sommes de vraies Lionnes (rires). Non, franchement chez les hommes c’est plus difficile. Chez nous c’est celle qui ose le plus qui gagne. En messieurs la concurrence est rude, ils sont tous forts. Ils manquent juste un peu plus de compétition aux tireurs sénégalais pour dominer les autres. Au Judo c’est la force plus les moyens. Les pays du Maghreb ont utilisé leurs moyens pour aller chercher la force ».

Malgré son statut de championne, Hortense Diedhiou n’est pas à l’abri des stigmatisations auxquelles sont confrontées la plupart des femmes qui pratiquent les sports de combats. « On te considère comme un homme, on se plaint que tu ne t’habille pas comme une femme. Mais j’arrive à mettre chaque chose à sa place ». Pour ce faire, Hortense à deux options en fonction de l’humeur du jour. Soit elle subit et accepte tout simplement ce statut de « garçon manqué », soit elle riposte. «J’explique juste que je suis en meilleur santé que plusieurs personnes, car le sport est indispensables pour tous. Je crois qu’on ne peut pas changer ces attitudes et on essaye de vivre avec. Elles sont la résultante des us et coutumes, sans oublier les religions entre autres ».

Néanmoins, elle a eu  la chance de naître dans une famille qui respecte le choix des enfants. Aînée des trois enfants Diédhiou, (sur son mètre 65 pour 55kg), affectionne écouter la musique traditionnelle casamançaise et le reggae. Fin cinéphile, son penchant s’oriente sans effort sur les films d’actions. Pour passer outre les injustes qu’elle déteste, sa devise est : « ne jamais reculer, toujours avancer », en bonne Diola et vrai Lionne, comme elle se définit.

Hortense Diédhiou est une vraie passionnée de sport qui a également pratiqué le tennis et la natation. Le judo étant son premier amour, elle se voit bien entraîneur dans 10 ans. Ainsi, elle débute déjà le recrutement!« N’hésitez pas les filles, le judo est un sport, idéal pour la forme et pour la compétition. Ne croyez pas que c’est un sport de mecs ». Côté cœur, la belle fait place à « un gros point d’interrogation (rires) ».

Gaëlle YOMI

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